Entrepreneuriat

L’important n’est pas la chute ….

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Mais l’atterrissage. Hubert Koundé a raison. J’ai la haine. Je suis en train de tomber. Le pire c’est que je me vois tomber. Et je ne sais pas comment je vais éviter de me péter le coccyx. Alors, je cherche. Il faut que je descende de ma tour d’ivoire. Il me faut trouver un portefeuille. Les caisses sont vides. Mon magazine se vend. Pas suffisamment pour éponger mes dettes. Pas assez pour nourrir ma rédaction. Ce monstre génial que j’ai créé est en train de me dévorer. Je ne réfléchis pas à comment capitaliser sur cette kryptonite. Mon temps, précieux, je le gaspille à pester contre les autres. L’enfer c’est eux. Je suis convaincue de prendre les meilleures décisions. Si rien n’avance ce n’est pas de ma faute. Pas le temps de monter des stratégies pour vendre plus. I need money ! Et vite ! Je ne sais pas pécher mais mon instinct me dit qu’un gros poisson cherche à mordre à mon hameçon. Je ne le sais pas encore mais il est à Paris. Il trempe paisiblement dans les eaux bouillantes d’un jacuzzi qui se trouve dans les beaux quartiers. Dans le sixième arrondissement. Il s’appelle Olivier. Et c’est un poisson braisé à la sauce camerounaise.

Pêcher par excès de confiance

Souvenez-vous, j’ai réalisé la couverture de mes rêves. J’ai enregistré une interview fleuve de Christophe Rocancourt. Les photos sont superbes. Je suis grisée. Il faut désormais remplir le reste du magazine. Trouver des annonceurs. Pour payer mes équipes et accessoirement me verser un salaire. Parce que oui, je fais la belle. Mais je suis pauvre. Je ne gagne pas un rond. Editeur de presse, quel métier de chien ! En réalité, je n’ai pas les épaules assez solides. Pour lancer le magazine et assurer mes arrières il aurait fallu coffrer au moins cinq cent mille euros. Quand je réalisais mon business plan, je l’ai vu. J’ai su que mon besoin en fond de roulement était vertigineux ! Je n’en ai pas tenu compte. Persuadée que je réussirai là où les autres ont craqué. Et cela avec trente mille euros. Ha oui, ça je crânais ! Maintenant, je rase les murs. Je suis la target de tous les maux de mon staff. C’est la disette dans la rédaction. Il parait que j’en suis la cause.

La Cigale de l’édition

Mais qu’ai-je fait avec ces trente mille euros ? Ai-je vraiment flambé ? J’ai loué soixante mettre carrés de bureaux. Acheter d’élégantes étagères chez Habitat. Rempli des pots de crayons Hello Kitty en collab avec un designer japonais super bankable à l’époque mais j’ai oublié son nom. Commander des ordinateurs Dell dernière génération avec processeur intel core intégré. J’ai convié de grands patrons à déjeuner ou à dîner. Un soir, après une grande fête donnée par Moët et Chandon, je me retrouve à diner l’Aubrac avec des amis. A notre droite se trouve Kenzo Takada. A gauche, le directeur général d’un des plus grands afficheurs de France. On sympathise. Au moment de partir, entouré de ma cour, je me vois payer la note pour tous. Okay ! Je crois que j’ai un peu flambé ! De toutes manières, l’heure n’est pas à la repentance, l’heure est à la chasse.

Nuits de folie

Pas le temps de mettre en place des plans de com, il faut que je sois vue.

Je traine mes stilettos du côté de la rue de Ponthieu. Au numéro trois pour être plus précise. Ici se joue quasiment tous les soirs la Commedia dell’arte des gens de la télévision, du cinéma, de l’édition, du mannequinat. A ce cocktail explosif, il faut ajouter une bonne dose de gigolos. De plantureuses putains. Et évidement de la drogue par excès. Je ne bois pas. Je ne fume pas. Je ne me drogue pas. Fascinée. Je veux appartenir à ce monde.  Un de mes nombreux nouveaux amis m’a parlé du Mathis bar avec des étoiles dans les yeux. L’endroit est secret. Caché derrière une porte cochère. Pas de physio. Pas de videur. Sur la gauche, le restaurant est de poche. Seuls 30 couverts sont dressés tous les soirs. Sur la droite, le bar se veut boudoir. Le velours rouge écarlate dans l’esprit Napoléon III habille le mobilier. Pas de DJ. Pas d’écran plat. Rien d’ostentatoire. Et pourtant le Tout-Paris qui compte s’y retrouve à l’abri des regards indiscrets et des paparazzis voyous. Ca parle littérature. Ca signe des contrats de production TV.  Gay ou pas ça touche des boules de mecs bodybuildés. Sans pression, ça se refile de la blanche. Mais l’endroit n’est pas glauque. Ca rit beaucoup. Un  soir Thierry Thierry Ardisson a tellement pleuré de rire que j’ai cru qu’il mourrait. Un autre,  Ariel Wizman a pété tous les verres à pieds de sa table. La fois d’après c’est Edouard Bear qui régalait l’auditoire de ses longues  phrasées érotico-philosophiques. Gérald le patron (depuis décédé) cultive l’entregent bien. Et moi, je m’ai mis une piquouze en me faisant passer pour une personne très importante. Tous les soirs, j’espère tomber sur mon gros poisson. En vain ! Et puis finalement, c’est une sirène qui m’attrape.

It’s not about money, money …

Ma sirène s’appelle Gabrielle. Elle est belle. Grande. Un port de tête royale. Elégante. Distinguée. Elle sirote un verre de Château Lafite. Le regard dans le vide. Triste. Je lui demande si c’est la première fois qu’elle vient au Mathis. Elle ne me regarde pas et répond très sèchement qu’elle attend Olivier. Je ne sais pas pourquoi je lui fait croire que je connais Olivier mais j’enchaine. « Il est toujours en retard celui-là ». Elle rit. On sympathise. Les deux seules Noires de la soirée deviennent alliées. Avec fard, elle me raconte sa vie. Elle ment. Elle s’invente une vie de princesse africaine qui s’ennuie à Paris. Olivier est tombé fou amoureux d’elle. Pour faire passer le temps, elle le sort. C’est un grand avocat. Camerounais de naissance, il a vécu en Suisse, à Washington et à Johannesburg. En ce moment, il travaille pour un grand cabinet à Paris seize. Il deale des contrats pour l’industrie pétrolière. Il doit avoir quarante ans passé. Pour moi c’est un daron. Il porte des chemises signées Dior, Givenchy sur un physique de patapouf. Plus elle le raconte, plus elle il m’intéresse.

Et voilà Olivier qui vient de franchir l’antre de la folie parisienne.  Il sue. Il a surement couru pour rejoindre Gabrielle. Il me dégoute. Mais lorsqu’elle me le présente. Je lui claque quatre bises avec émotion.  Je venais de rencontrer celui qui allait relancer mon magazine.

Merci de cliquer ici pour lire l’épisode précédent.

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4 Commentaires

  • Répondre
    Diane
    23 avril 2019 à 05:19

    Fort ! J’aime beaucoup ton style. C’est fluide. On apprend plein de petits trucs et t’es pas tendre avec toi. A quand la suite stp

  • Répondre
    Marie-Pierre
    23 avril 2019 à 06:34

    Comment t’es sans pitié avec Olivier mdr
    c’est lui qui va te faire la miseee après ???
    La suite svp

  • Répondre
    Raja B
    23 avril 2019 à 13:43

    Ce teasing de malade !!!!! La suite. Merci

  • Répondre
    Nadege
    23 avril 2019 à 20:22

    Non mais je surkiffe les stories tu as une plume incroyable j’apprécie vivement ce style d’écriture ! Hâte de lire la suite 😉

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