Entrepreneuriat

Le jour où je me suis faite bolosser par Christophe Rocancourt

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2005. Je suis emmerdée. Les ventes de mon magazine ne décollent toujours pas. Je crois que mon staff n’est pas à la hauteur. Je le change. Je m’entoure de véritables pointures. Bientôt le styliste des stars, Luc m’accompagne pour réaliser les pages mode. Il me bassine avec son dernier fait d’armes. Il a sublimé Julia Robert dans la dernière pub Lancome. Bla bla. Il saoule. Mais je l’écoute. Il est gay. Il a du goût. Il me conseille de recruter la photographe avec qui il a l’habitude de magnifier les pages mode des plus grands magazines. Une allemande. Grande. Blonde. Mâchoire  carré. Un visage d’acier et intense. En réalité elle est super douce. Elle a un nom imprononçable. Un truc en daß. Ça fait sérieux et pompeux. Je prends. Je m’entoure de Sam. Le meilleur PR de la capitale. Il connaît Delon, Deneuve, Belmondo, les To be 3, Lolo Ferrari. Son carnet d’adresses c’est la caverne d’Ali. J’enrôle  Sind. Mon meilleur allié. Mon double. Et moi le sien. Dans le milieu on l’appelle Black Pitt. Il fait le mignon. Il séduit avec verve et panache dans ses articles. Sa plume est aiguisée. C’est lui qui doit écrire le papier qui va véritablement lancer mon magazine. J’en suis certaine: on va casser la baraque !

Tous les chemins mènent à Rome

C’est le printemps. Le temps est radieux. J’arrive juste avant que les portes de l’école des beaux arts ne se ferment. C’est ici que le défilé de Francesco Smalto va avoir lieu. C’est bondé. Je n’aime pas l’atmosphere. Je n’apprécie pas les défilés de mode. Je ne comprends pas le concept. Des gens pas vraiment beaux marchent de manière saccadée sur de la musique étrange. Visages fermés. Dans des fringues suspectes. La mascarade du m’as-tu-vu qui se joue au front row m’achève ! Mais pour rien au monde je n’aurais manqué ce rendez-vous. Pour cause, il y’a justement quelqu’un installé au premier rang qui m’intéresse. Je dois lui proposer un deal. S’il accepte je me fais des couilles en or –  façon de parler -. C’est Sam mon super PR qui m’a arrangé le coup.

Mon magazine je le veux différent. Mon idée c’est de trouver un thème qui va être décliné dans toutes les pages à travers des rubriques passionnantes. Mon canard je le veux rassembleur. Ma vision c’est de faire du thème choisi un moyen de réunir les lecteurs lors d’une soirée à chaque sortie en presse. Mon média je le veux innovant. Mon voeux c’est de donner à voir sur internet ce qui n’a pas pu être écrit. Je cherche alors un thème fort, avec des couilles ! C’est décidé ce sera « apparence ». On va pouvoir jouer avec le mensonge, le faux semblant, l’hypocrisie. Redécouvrir Dorian Gray. Dépoussiérer Narcisse …

Pour incarner ce numéro collector, il me faut une pointure de l’escroquerie. Un vrai gars connu pour ses tromperies. Il me faut Christophe Rocancourt, l’escroc des stars !

Uber bolosse

J’appelle Sam. Je lui explique mon plan. Je veux qu’il m’organise un rendez-vous avec le séducteur des stars. Il bégaye. Il est convaincu, mon idée est bidon. Je ne trouve pas. Plus il me dissuade plus je veux que Christophe fasse la couverture.

« Il ne te connaît pas. Il ne voudra jamais. »

« Il te connaît. Donc il me connaît maintenant. »

« Je sens bien que tu ne vas pas me lâcher. Je peux juste te trouver une place pour assister au défilé de Francesco Smalto. Il sera au premier rang. Débrouille toi pour lui vendre ta sauce. »

« Merci, Sam. »

« Ne me remercie pas. Bonne chance ! ».

Voilà, le défilé est fini. J’ai la gorge sèche. Les mains moites. Une boule au ventre. Il faut que je l’attrape. Les photographes l’encerclent. Des personnes lui parlent. J’hésite à m’interposer. Si je ne le fais pas, il se barre.

« Christophe, bonjour. Rose. Je veux que tu fasses la couverture de mon magazine. »

« On se connaît ? C’est quoi ton magazine ? »

«  … Heu … C’est tout nouveau mais il est bien bâti. Il faut qu’on se pose pour que je te raconte. »

« Pas le temps ! »

« Tiens ma carte. Appelle moi. »

Et il se casse ! Je suis déçue de moi. J’ai été nulle ! Trop impressionnée je n’ai pas trouvé les mots. J’enrage. J’appelle Black Pitt.

« T’aurais vu comment j’étais terrorisée. Je suis vraiment une petite joueuse. »

« Trop dommage ! Tout ça pour rien. »

« Attends, bouge pas, j’ai un double appel. »

« Oui. Allô. »

« C’est Christophe. Raconte moi ton histoire de couverture de magazine ».

J’en reviens pas. Christophe est intéressé. Je lui raconte mon plan. Je ne lésine pas sur les superlatifs à son encontre. Dans une autre vie on m’appelait Madame Suce Bonbon.

« Ok. Je veux bien le faire mais j’ai pas beaucoup de temps. Ce sera demain à quinze heures. Et ça te coûtera deux mille cinq cent euros. »

« … »

« On se retrouve où alors ? ».

« Heu … deux mille cinq cent euros ? Mais on ne paie pas les gens pour faire les couvertures de magazine, Christophe ».

« Premièrement je ne suis pas les gens. Deuxièmement Times Magazine me propose de faire sa couverture. J’ai rien demandé. Il me file cent cinquante milles euros. Troisièmement grâce à moi tu vas vendre ton magazine comme des petits pains. C’est tout à fait normal que je me rémunère.  Donc demain quinze heures dans le lobby du Raphael. Je t’attends avec l’enveloppe. »

« …. Ok »

Quand l’aveuglement rencontre l’orgueil

Je suis obnubilée par ma prochaine couverture. Je sens. Je vais faire un coup. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je sais seulement que je suis près du but. Je rappelle Black Pitt. Je lui explique la conversation lunaire que je viens d’avoir avec Christophe. Comme moi, il a un petit doute. Payer pour une couverture c’est pas très fair-play. Il appelle Vincent. Son ancien rédacteur en chef qui a bourlingué est catégorique, ça n’existe pas. Et encore moins avec ce Christophe. Il me rapporte son entretien. Toute personne normale aurait dit :  » Hô l’enflure ! On n’y va pas ! « . Mais moi, Madame je-sais-tout, Madame Pédante je pédale complètement. Je lui réponds  « Vincent il n’y connait rien à la presse branché. » On le fait. Et là, dans une tornade d’euphorie, on perd pieds. Complet !

Se jeter dans la gueule du loup

On court Paris tels des Éthiopiens marathoniens. En chemin je rencontre quelques galères. Luc me lâche. Il connait moins les show-room pour homme. Et puis Christophe ça ne l’émeut pas. Christelle rentre dans la course. Cette pétulante architecte d’intérieur aime la mode comme le soleil aime la lune. Les attachées de presse des show-rooms en vogue ne l’a connaissent pas. Qu’importe ! Tenace, elle parvient à se faire prêter des parures de fêtes pour Christophe. Maintenant il me faut l’argent. Mon compte en banque crie famine. Y’a r dans le coffre. Impossible de me faire augmenter mon plafond. Il parait j’ai cramé des euros ces derniers temps. J’invente un joli conte à mon banquier. J’obtiens mille cinq cent euros ! Ca fera l’affaire. Je raconterai une histoire à Chris. Il reste Pitt. Il doit tout apprendre de Cricri. Il sait plus ou moins qu’il a enfumé Jean-Claude Van Damme, Mickey Rourke … Mais il ne connait pas véritablement son histoire. Il a eu vingt quatre heures pour devenir mon Nelson Monfort. Et voilà le rencard avec notre destin est arrivé.

Quand ça veut pas …

Je retrouve Rocancourt comme prévu dans le loby de cet éclatant cinq étoiles du seizième arrondissement. Il nous attend. Solaire. Accompagné de celle qui lui donnera bientôt une fille. Magnifique. Au naturel. Elle ne pipe mot. Christophe n’est pas très grand. Mais il irradie. Je me sens petite. Ses premiers mots sont pour l’enveloppe. Je dois la remettre à son partenaire, tapi dans la pénombre d’une alcôve.  Un grand noir. Un autre lui emboite le pas. Dans un sourire malicieux, il me tend la main. Je lui donne son précieux qui est aussitôt remis à son acolyte.  Drôle de cérémonial. Mais je me sens sereine. La note est réglée.

Nous pouvons commencer le shooting. Le roi de l’arnaque nous invite à le suivre dans sa suite. A cet instant le directeur du palace furibond surgit de nul part et nous exhorte de quitter les lieux NOW (Mya Frye sort de ce corps) !  Rien compris. L’arnaqueur aux 100 visages baragouine une explication. Je le crois. J’ai des étoiles dans les yeux. Il nous propose de réaliser le shooting au Murano. Le patron c’est son sauce. (Il parait). Nous voici dans le hall de ce petit bijou d’élégance du Marais. On se pose dix minutes pour trouver le bon angle. Et bim, le boss de l’endroit cavale en notre direction. Il voit rouge. Le pirate Christophe n’est pas le bienvenu. Pour moi, c’est no way. On a payé nos jus de tomate on reste. Il donne dix minutes à Andréa pour shooter. Elle en prend cinq. C’est gênant. Il est derrière nous. Il peste. Il nous lâche pas. On est saoulé. On se barre et on tchip !

Quand Nietzsche à bon dos

Arrive enfin le moment où notre génie nous parle. Installé confortablement quelque part dans Paris, il nous raconte sa vraie vie, crois-t-on. Nietzsche a une grande place dans son existence. Il le cite en guise de point pour terminer ses phrases. Mes cours de philo sont loins. Je me souviens que Nietzsche c’est compliqué. Mon prodige du jour dit des phrases compliquées ça doit être du Nietzsche. De plus il a un regard très intense. Des fois c’est difficile de soutenir son regard. Je suis comme hypnotisée. Pitt c’est pareil. Ce jour là on avale toutes les couleuvres du monde. Aujourd’hui encore, je n’ai toujours pas compris ce qu’il a raconté.

L’entretien terminé. Pitt a écrit son papier. Magnifique ! Andréa a shooté. Splendide !

Et puis, le magazine n’est jamais sorti. Mes ennuis ne faisaient que commencer.

Merci de cliquer ici pour lire le précédent épisode.

Lors d’une de nos soirée, avec Satia

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12 Commentaires

  • Répondre
    Adelaide Robert
    7 avril 2019 à 13:23

    Waaaaa mais c’est quoi cette histoire de ouf ! C’est trop drôle. Bravo pour la passion.

    • Répondre
      Rose
      7 avril 2019 à 13:36

      Sur le coup c’etait pas marrant du tout 🙂
      C’est pour montrer les erreurs que j’ai pas arrêté de faire. Une vraie teubée. Hihi

  • Répondre
    Anouch
    7 avril 2019 à 13:27

    A un moment t’as dit y’a r trop marrant looooool tu racontes tellement bien. Le suite svp

    • Répondre
      Rose
      7 avril 2019 à 13:34

      T’a kiffé le p’tit clin d’oeil à Aya ha ha

  • Répondre
    Celina
    7 avril 2019 à 13:29

    Rose écrit un film copine loool

    • Répondre
      Rose
      7 avril 2019 à 13:36

      Heu … non merci lol

  • Répondre
    Chérif Adoudou
    7 avril 2019 à 14:37

    Bien écrit car on a juste envie d’être à la ligne suivante. En plus c’est marrant.
    Ne serais-tu pas scénariste?

    • Répondre
      Rose
      7 avril 2019 à 19:31

      Merci Chérif.
      Je ne suis pas scénariste. Je devrais peut-être y penser :-O
      Sinon, tout est vrai, j’ai juste mis un ruban de satin autour de certains éléments … Reste à savoir lesquels 😉

  • Répondre
    Hugo Gaspard
    7 avril 2019 à 19:36

    Bonsoir
    Je viens de lire tous tes articles après être tombé sur celui-ci. Je suis vraiment fan. C’est drôle. C’est rythmé. C’est piquant. C’est instructif. Mine de rien tu donnes beaucoup de pistes sur comment éviter certaines erreurs quand tu es patron. Chapeau.
    Hugo

    • Répondre
      Rose
      7 avril 2019 à 19:40

      Salut Hugo. Merci. Tu cherches un coach, call me 🙂

  • Répondre
    Clem
    9 avril 2019 à 11:09

    A quand le livre ?

    • Répondre
      Rose
      9 avril 2019 à 11:15

      Tu l’achètes si j’en ai écris un ? 🙂

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