Vivre au temps du confinement et du corona virus
Mood

Le temps m’a tueR ! Comment la Covid et le confinement m’ont fait basculer dans le temps de l’excès !

J’ai un souvenir très net de la fois où j’ai pris conscience de la notion du temps. De la finitude de mon être. Nous sommes fin septembre. Trois mois plus tôt, je fête ma dixième année. Et ma grand mère, mon tout, ma reine, vient de mourir. Elle allait avoir cinquante huit ans.

L’amour qu’elle me porte ne se discute pas, il est.

Cancer généralisé ! Fulgurant. Sans pitié. Je la vois encore pleurer deux semaines plus tôt. Elle ne veut pas aller à l’hôpital. Son regard implore la pitié. Elle supplie sa fille de ne pas l’y jeter tel un chien malade; parce qu’elle sait. Elle ne reviendra plus. 

La semaine suivante, nous allons lui rendre visite. Choc. Elle a perdu vingt kilos. La peau sur les os. Ses yeux, deux microscopiques olives baignent dans leur cavité. Allongée sur son lit, immobile. Son regard dit tant de choses. Toutes les filles du clan sont là. Mais ma mamie ne voit que moi. D’un amour  inconditionnel, elle m’aime. Elle ne parle plus. Toute sa tristesse, je la ressens au plus profond de mon être. Dans mes os. J’ai mal. Je prends sa douleur. Je suis elle. Elle a le regard tendrement intense. Mes yeux me piquent tandis que ma bouche est cousue. Toutes deux, nous savons qu’elle est arrivée à destination.

Et on me demande de sortir. Soudain, j’ai froid. Je me souviens de tout. De cette odeur. Un mélange d’eau de javel et de pourriture. De la couleur de la peinture des murs. Bleue triste. Du ronchonnement des machines. Des pas feutrés des infirmières. De leur corps fatigué. L’heure suivante, nous voilà de retour à la maison. C’est maintenant que ma mère rugit sa complainte. Avec sa sœur, elles racontent que ma mamie va mourir. Un an max, paraît-il ! Cachée dans la pénombre de ma chambre, allongée sous mon lit en position fœtale, personne ne me voit, j’écoute tout. J’essaie de compter le temps. Tic tac. Tic tac … Un an. Douze mois. Cinquante deux semaines. Trois cent soixante cinq jours…. Tic tac … Je crois que je veux mourir avec elle.

Sa mort ne peut plus m’enlever la vie.

 Le soir de son décès, ma mère fait le ménage chez First. Maison d’édition Parisienne où mon amour pour les bandes dessinées a pris racine . Elle est angoissée, quelque chose la tracasse. Soudain, toutes les lumières s’éteignent. Nuit d’un noir profond. Et elle comprend. Sa maman vient de lui envoyer un signe. Elle vient de partir pour toujours. A cette époque les téléphones portables n’existent pas. C’est le téléphone fixe qui annonce les mauvaises nouvelles. Pas besoin de rentrer chez elle pour savoir. Elle plaque tout. Elle fonce au service de cancérologie de l’hôpital Bichât, dans le dix huitième arrondissement de Paris.

Il est vingt trois heures. Les visites ne sont pas autorisées. Dans un torrent de larmes, elle implore : «  Edé mwen » , « ki moun ki ka ede m ‘ ». Son cerveau ne veut plus que parler créole. Qui peut l’aider ? Qui ? Finalement un médecin s’approche. « Madame. Votre mère est décédée à vingt et une heures. Nous en sommes désolés.  » Lorsque le chagrin a fini de dévorer les moindres parcelles de peau de ma mère, elle rentre pour annoncer l’inacceptable à soeur. Elles sont désormais orphelines, quatorze jours après l’admission à l’hôpital de Nathilde, leur Athéna, leur déesse !

Ce n’est pas le temps qui manque, c’est nous qui lui manquons.

Depuis cet épisode, je n’ai qu’une idée en tête: déjouer les pièges du temps qui s’égraine ! Aujourd’hui, j’arrive à un point où je ne sais plus m’arrêter. Telle l’héroïne de Anouilh, je veux tout, tout de suite, – et que ce soit entier – ou alors je refuse !

Apprendre l’oenologie, pourquoi pas ? Étudier la photographie, on y va ! Donner des cours, c’est signé ! Développer un girls club puissant, c’est en marche ! Me lancer dans la politique ? J’y travaille ! Ecrire des livres, j’ai un plan ! Jouir d’amour et d’eau fraîche en me retirant du monde pour quelques jours, je fonce ! Hisser notre agence de communication comme LA référence dans le métier, avec mes associées, on grimpe ! Mon appétit et ma soif d’apprendre grandissent avec mes enfants. Je triche en me levant tôt. Je meurs tous les jours pour mieux me réveiller.

A bientôt quarante ans, je pense avoir gagné mon pari. Le temps ne m’emprisonne pas !

La pause, elle aussi, fait partie de la musique.

Alors, lorsque le monde s’est arrêté, il y’a trois mois, je me suis retrouvée comme une conne ! L’heure, le temps m’ont narguée comme jamais ! Faire du sur-place, se tenir au temps présent; alors que je suis cette fille qui navigue inlassablement entre le passé et le futur ? impossible ! Trois mois avec moi-même ! Quelle épreuve ! Impossible de réfléchir, de rester concentrer plus de deux minutes sur une activité. Le sommeil est contrarié. Les réveils sont douloureux … 

Je me suis bel et bien cru dans le Boléro de Ravel. Ce morceau de dix-sept minutes est constitué d’un unique et long crescendo ininterrompu. Le rythme, ne change pas du début à la fin. Au niveau de la mélodie, ce n’est pas franchement mieux, on retrouve sans cesse du début à la fin les deux mêmes phrases, la première jouée à la flûte. Cette même mélodie va être reprise juste après, note pour note à la clarinette, vient ensuite la deuxième mélodie, jouée au basson et la petite clarinette de reprendre cette même phrase juste après. Toute l’œuvre est construite sur ces deux mélodies … En sommes, une musique folle qui rend dingue ! 

Et la vie, c’est le chaos.

Au début du confinement, je suis peace. Au fur et à mesure, l’angoisse monte pour finalement exploser !  Ce shout down mondial a faillit me rendre cinglée. A deux doigts de manger mes enfants, de battre mon mari, puis de me flageller avec des petits suisses, j’ai fini par comprendre que ce chaos était mon salut. En effet, toute ma vie est faite de turbulences, de vagues et de désordres. J’ai appris à vivre avec. De ce fait, je me réalise dans le tourbillon. Je n’aime pas le plat, le lisse …

Cependant, là où j’ai eu tort c’est de toujours vouloir me projeter dans le futur et de retourner dans le passé pour comprendre le présent. C’est un cercle vicieux. Impossible d’en sortir. Le passé n’existe plus et le futur n’existe pas encore. Alors, que faire ? « Saisir cet instant de vérité qui se trouve entre ce qui n’est pas encore arrivé et ce qui est déjà passé »  La pensée de Jankélévitch m’a beaucoup appris. La conclusion à tout cela, c’est que je vais vivre les choses encore plus intensément. Je vais continuer à tout vouloir faire, en même temps, vite et fort au moment présent. Le slow life que certains explorent depuis le confinement n’est pas pour moi. Je veux tout bruler ! Et je vais tout cramer !

Et vous, dans quel team, vous vous situez ? #VerySlowLife ou #VeryFastLife ?

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16 Commentaires

  • Répondre
    Sandra Winter Durennel
    14 juin 2020 à 18:05

    Très intéressant ton point de vue Rose ! Finalement quelle leçon tires-tu du confinement ? Que tu ne connais qu’une seule vitesse : à fond !? Mais tu le savais déjà 😉
    Ou bien plutôt : des pauses courtes : oui, la slow Life non…
    Continue, ton énergie est un moteur qui entraîne tous ceux qui t’entourent !

    • Répondre
      Rose
      15 juin 2020 à 07:47

      Hello Sandra,
      Merci pour ton commentaire. Le confinement a confirmé mon envie de vivre mille à l’heure. En revanche, j’essaie de tout vivre intensément au moment présent. One life comme on dit 🙂
      Et toi ?
      Bisous

  • Répondre
    JM
    14 juin 2020 à 21:11

    Hello Rose,
    Avant mon premier garcon je dirai que j’etais team Fast Life, je pense que je ressentai cette urgence de vivre que ceux qui ont connu le deuil trop tot ressentent assez souvent. L’arrivee de mon numero 2 et un evenement medical m’ont force a lever le pied. Du coup j’oscille entre les deux afin de trouver mon nouvel equilibre. Du coup je pratique le slow life un jour ou deux (je dors en general hihihi) et je repars comme en 40 avec des milliers de trucs a faire. J’ai le sentiment d’avoir eu plusieurs vies et bosser dans l’energie (le petrole ahahah) n’est qu’une etape avant la nouvelle aventure!

    • Répondre
      Rose
      15 juin 2020 à 07:46

      Hello Jessica,
      J’avais oublié cette période où j’ai été également en mode slow life après la naissance de ma première fille. 6 mois à ne pas faire grand chose. Je suis partagée. Je ne me souviens plus si j’avais adoré ou pas. Faudrait que je réfléchisse à ça 🙂
      Dans tous les cas, bravo pour cette maitrise du temps !
      Bises

  • Répondre
    Anais Herald
    14 juin 2020 à 21:47

    Hello, comme d’habitude je me régale. Tu as une écriture très aérienne. On dirait que tu ne forces pas pour trouver les bons mots. Très émouvant le passage avec ta mamie. Je comprends mieux ta soif de vivre. Mais attention, je sais que ça fait très bateau de dire ça, mais le burn out n’est pas une fable ! Ménage toi quand même. Bisous et merci pour tes réflexions. Anais

    • Répondre
      Rose
      15 juin 2020 à 07:42

      Hello, Anais c’est sympa ton commentaire. Et oui, le burn out existe. Tu as 100 fois raison. Je dois faire attention. Merci bisous

  • Répondre
    Darlene
    16 juin 2020 à 11:43

    J’adore!! Super article aussi..Très touchant aussi…C’est marrant parce que j’ai du me poser la question si j’étais “slow ou fast life”. C’est la première fois en 8 ans que je vais passer plus de 3 mois sans voyager. Je vis une fast life que j’adore mais un peu malgré moi! j’aime être à la maison avec mon chéri et je redeviens plus domestique..Honnêtement, je kiffe!!! Mais je ne suis pas moins ambitieuse non plus!

    • Répondre
      Rose
      24 juin 2020 à 08:13

      Hello Darlene,
      Je te vois très calme et très peace et pourtant tu es une pile. Tu as certainement trouvé la clé 🙂 Quel est ton secret ? Bisous ♡

  • Répondre
    Mzelle Pinz
    16 juin 2020 à 20:43

    J’aspire à la slow Life pour espérer retenir le temps qui passe.
    Pourtant une journée vécue à 10 ou 100% n’aura que 24h, et une vie trop courte finira trop tôt même si on espère la retenir … très bel article Rose comme à ton habitude 😉

    • Répondre
      Rose
      24 juin 2020 à 08:14

      Hello Charlotte, Déjà merci de me lire et ensuite, tu vas pouvoir explorer le fast and slow life en Corse. Hâte que tu me racontes tout cela. Bises

  • Répondre
    Mandin
    19 juin 2020 à 10:51

    Super article, toujours un plaisir de te lire🥰🥰

    • Répondre
      Rose
      24 juin 2020 à 08:11

      Hello, Mille mercis de me lire 🙂 ♡

  • Répondre
    Béa
    21 juin 2020 à 12:29

    Coucou Rose,
    Perso, j’ai bloqué sur le passage sur ta grand-mère.
    Magnifique.
    J’ai reconnu la Rose qui me parlait d’elle à l’époque ! Celle qui t’a littéralement élevé et fait de toi celle que tu es.
    J’ai reconnu le même amour, à travers tes mots de l’époque lors de nos discussions et aujourd’hui à travers ces mots que tu écris.
    ❤🙏🏽

    • Répondre
      Rose
      24 juin 2020 à 08:11

      Hello ma Béa,
      Que ton retour compte pour moi, tu n’as même pas idée.
      Merci de me lire et d’être toujours là
      Gros bisous

  • Répondre
    Magloire
    23 juin 2020 à 12:53

    Oh WondeRose ou plutôt MondeRose (oui je me la raconte parce que j’ai saisi!)… Qu’il est bon de te lire, te relire, te décrire et écrire ton histoire composée à tous les trois temps, Merci pour la philosophie (et mon mal de crâne), la poésie (et ces vers) mais surtout pour ton récit, celui d’une vie qui me fait penser à la mienne (team juin, je ne sais pas… ) J’ai du retenir les larmes (que je ne pleure plus) tellement en prenant ton accent et celui de ta maman, je m’apprends et me comprends!
    Alors merci pour les émotions et les frissons!!!!

    • Répondre
      Rose
      24 juin 2020 à 08:09

      Hello Magloire, merci à toi pour ce magnifique commentaire qui me touche énormément. Je te souhaite un bel anniversaire au passage 🙂 J’espère te revoir très vite, beauté. Bisous ♡

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